Jean-Christophe Massinon (1963-2011)

 

Peinture, graphisme, sculpture, performances, installations, art web… en deux décennies foisonnantes, Jean-Christophe Massinon a construit une œuvre d’une grande diversité qui, avec le recul, embrassée dans sa totalité, frappe par sa cohérence.

Très personnel, tout en étant en phase avec son époque, le style de Massinon s’est forgé au milieu des années 90 en Lorraine, époque où il crée en périphérie de Nancy le « Fab Market », un marché de l’art contemporain, pas cher, ouvert aux avant-gardes, des constantes dans son univers. Tout en offrant un formidable tremplin aux artistes du Grand Est, qui se révèlent au grand public à travers cet événement alternatif et festif, Massinon développe son propre langage pictural. Ses toiles aux lignes très graphiques, de tous formats, renouvellent le regard que l’on porte sur les objets du quotidien en les remettant au premier plan. Les signaux, les pictogrammes, les symboles sont très présents dans ses créations noir et blanc qui portent aussi en elle une part d’humour, de fausse naïveté, d’imagination liée à l’enfance. En quelques traits tracés à l’ordinateur, Massinon touche à l’essentiel et crée un univers familier dont le spectateur se sent proche.

En 2002, abasourdi par le résultat du premier tour de la Présidentielle, l’artiste met en ligne un « NON » ultra graphique, épuré, dont le O barré d’une mèche frontale et d’une moustache brune est sans équivoque. Le logo-manifeste se propage sur le net comme un éclair. Repris par la presse, il devient un symbole du barrage à Le Pen, photocopié, mailé et brandi par des milliers de manifestants entre les deux tours. Avec une longueur d’avance, Massinon expérimente la peinture sur ordinateur et développe une forme d’art graphique 2.0 connectée au monde via le web, dont il a fait très tôt un outil indispensable. L’expérience attire l’attention du musée d’art contemporain du Luxembourg, l’une des premières grandes institutions culturelles à flairer le potentiel de cet artiste qui n’hésite pas par ailleurs à pourfendre le conformisme et l’establishment.

En collaboration avec le Mudam, Massinon ouvre alors une succursale bancaire d’un autre genre, la B-Rich Banque, spécialisée dans le dépôt et la gestion des fortunes non marchandes, sans valeur monétaire, comme les histoires de famille ou les souvenirs personnels, une création visionnaire au regard de la déroute de la place financière qui surviendra quelques années plus tard. Cette expérience de la B-Rich Banque, où chacun est invité à ouvrir un compte sans but lucratif,  illustre aussi la critique politique et sociale portée par une partie de l’œuvre de Massinon, convaincu de la valeur et de la primauté des sentiments sur les biens matériels, ainsi que sa volonté récurrente d’associer le public à son travail. Cet art participatif s’exprime à travers la série des Art-barbecues, une performance décalée et conviviale donnée notamment au Palais de Tokyo, ou par la réalisation par l’artiste de petites œuvres en kit à monter soi-même, distribuées au public lors de ses vernissages, dont on repart toujours le cœur léger, la main serrée sur une mini-création, un sticker glissés au fond de sa poche.

Dans la foulée de l’ouverture du Mudam, Massinon prend une nouvelle dimension. Tandis que le Consortium de Dijon le choisit comme médiateur pour son projet de Nouveaux commanditaires, l’artiste est exposé à Berlin, à Londres, exécute des performances en Sibérie, à Istanbul… Quelques aplats de couleur franche suffisent dans ses tableaux à symboliser un paysage, un objet, un visage. Les motifs sont réduits à l’extrême, tendent à l’essentiel. Ce sens du symbolisme et de l’épure atteindra des sommets avec la « Salle des pendus », un papier-peint que lui commande en 2010 le tout nouveau Centre Pompidou de Metz, une vision stylisée des porte-manteaux sur lesquels les mineurs, à l’instar de l’un de ses grands-pères, accrochaient leurs vêtements avant de descendre dans les entrailles de la terre. Il est également l’un des piliers des Nuits Blanches de Metz. À l’automne 2011, après sa disparition, la 4e édition de la manifestation lui sera dédiée et exposera l’une de ses œuvres les plus emblématiques, le « Petit feu ». Un petit feu entretenu aujourd’hui par tous ceux, nombreux, qui ont été et continuent d’être touchés par l’œuvre chaleureuse de cet artiste intègre qui croyait en un « rapport simple, actif et quotidien à l’art ».

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Painting, graphics, sculpture, performance, installations, web art … in two bountiful decades, Jean-Christophe Massinon created a diverse body of work which, in retrospect, is striking in its coherence when examined as a whole.

Highly personal yet always very actual, Massinon’s style was developed in the mid 90’s in the Lorraine region, when he created the « Fab Market » on the outskirts of Nancy – a contemporary art market which was both affordable and open to the avant-garde, themes which would became recurrent in his work. While he provided an exciting platform for artists of the ‘Great East’ – who were introduced to the general public thanks to this festive and alternative event – Massinon was also developing his own pictorial language. His paintings, composed graphically with simple lines and in all formats, provide us with a fresh view of everyday objects by pushing them to the forefront. Signals, pictograms and symbols are very present in these black and white images, which also contain elements of humor, false naivety, and child-like imagination. With a few lines drawn with a computer, Massinon touches on the essential and creates a familiar world to which the viewer feels close.

In 2002, stunned by the result of the first round of the presidential election, the artist published online an ultra graphic, streamlined « NO », the O wearing the famous fringe and brown mustache known to all. This logo-manifesto spread on the net in a flash. Reproduced in the press, it became a symbol of the resistance to Le Pen, photocopied, emailed and waved by thousands of protesters between the two rounds of elections. Ahead of his time, Massinon experimented with painting via computer and developed a form of graphic art 2.0 connected to the world through the web, which very early on became for him an indispensable tool. This experiment attracted the attention of the contemporary art museum of Luxembourg, one of the first major cultural institutions to sense the potential of this artist who moreover does not hesitate to attack conformism and the establishment.

In collaboration with the Mudam (Luxembourg) Massinon opened a banking branch of a different sort, the B-Rich Bank, which specialises in the deposit and management of non-financial fortunes, without monetary value, such as family stories or personal recollections, a visionary creation in terms of the financial rout that would happen a few years later. The B-Rich Bank experiment, where everyone is invited to open a non-profit account, also illustrates the political and social criticism inherent in a part of Massinon’s work, convinced of the value and supremacy of feelings over physical assets, as well as his recurrent willingness to involve the public in his work. This participatory art is expressed through the series of Art Barbecues, a convivial and unorthodox event performed in particular at the Palais de Tokyo, or by the creation by the artist of small kits destined to be self-assembled, then distributed to the public at exhibition openings where we always left light hearted, a hand clamped around a mini-creation, a sticker slipped in our pocket.

In the wake of the opening of Mudam Massinon entered a new dimension. While the Consortium of Dijon chose him as mediator for its New Sponsors program, the artist exhibited in Berlin, London, performed in Siberia, in Istanbul … Simple surfaces of color in his paintings become enough to symbolize a landscape, an object, a face. The motifs are reduced to the extreme, stripped down to the essentials. This sense of symbolism and simplicity reached its height with the « hanging room », a wallpaper commissioned in 2010 for the new Pompidou Center in Metz, a stylized vision of hangers on which the miners -amongst them one of his grandfathers – hung their clothes before descending into the bowels of the earth. He is also one of the pillars of the ‘Nuits Blanches’ of Metz. In autumn 2011, after his death, the fourth edition of the event was dedicated to his memory and exhibited one of his most emblematic works, « Petit Feu ». A small fire kept alive today by all the many people who have been, and continue to be, affected by the warm and welcoming work of this genuine artist who believed in a « simple, active and daily relationship with art. »

 

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